Flashback









  

:: Clark Spencer ::
:: Zootopia ::

"J’aime le fait que chez Disney nous puissions produire des films très différents"

Propos recueillis par Laurent De Groof © à Bruxelles (janvier 2016).

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Cine-Files : Vous avez travaillé durant 3 ans dans la finance à Wall Street. Comment compareriez-vous le zoo de Wall Street avec celui d’Hollywood ?

Clark Spencer : (Rires) C’est une très bonne question. Je peux dire que les environnements sont assez identiques. Dans les deux cas, on essaie toujours d’atteindre un certain objectif. A Wall Street, je travaillais sur les fusions et les acquisitions de sociétés, j’essayais d’obtenir un accord budgétaire entre différentes compagnies. Ici, le but est la création d’un film. Nous partons d’une idée, ensuite nous décidons de la technologie que nous allons employer, etc. Nous savions, par exemple, que la fourrure des animaux serait un gros obstacle, nous n’en n’avions jamais fait auparavant. Tout le monde avait son idée sur le sujet. Mon travail est de rassembler plusieurs groupes de gens et de les aider à arriver à un accord sur ce que nous allons produire. En finalité, un film reste la décision du réalisateur mais il faut faire fonctionner toutes ces équipes d’artistes qui font partie du projet. Il faut mettre tout le monde autour de la table et parvenir à un objectif commun. C’est un processus relativement long, tout comme à Wall Street (rires).

Cine-Files : Vous avez produit des films d‘animation très différents comme Bold, Lilo & Stitch ou Wreck-It Ralph. Qu’est-ce qui les rassemble sous la bannière Disney ?

C. Spencer : J’aime le fait que chez Disney nous puissions produire des films très différents et en même temps tous ces films partagent pourtant de nombreuses similitudes. Le public a besoin de divertissement. Nous essayons de faire des films pour un public de tous âges et de tous pays. Nous voulons faire rire et émouvoir en même temps. L’humour est très important mais l’émotion est indispensable pour s’identifier aux personnages. Les spectateurs doivent avoir envie qu’ils fassent partie de leur vie, que ce soit à travers un film, des parcs d’attractions ou une série TV. Enfin, un film doit porter fièrement le nom de Walt Disney. Nous nous devons de poursuivre son héritage de 92 ans en créant des histoires passionnantes.

Cine-Files : Zootopia est malgré tout un film plus adulte…

C. Spencer : Nous nous sommes efforcés de réaliser un film qui plaira à tout le monde. L’animation est une forme d’art passionnante car elle peut être perçue comme réservée aux enfants ou aux parents. Ce que nous ne voulons pas. Il faut s’assurer que tous les types de public viennent découvrir le film. Nous ne pouvons atteindre cet objectif que si notre histoire touche tant les plus grands que les plus petits.

Cine-Files : Parlez-nous des réalisateurs, Byron Howard et Rich Moore…

C. Spencer : Tous les deux ont des parcours très différents. Byron a toujours voulu rentrer chez Disney. Il a grandi dans ce milieu, il d’ailleurs a commencé à travailler à Orlando, en Floride, comme guide touristique sur l’attraction de la Petite Sirène. Il a sans cesse postulé auprès des studios d’animation. Après quatre refus, il a finalement été accepté et sa carrière n’a cessé d’évoluer depuis. Il est très rapidement devenu réalisateur. Il était très jeune sur Bolt. Il est la quintessence Disney. Rich ne travaillait pas pour Disney. Il a collaboré sur les Simpsons et Futurama. Il a une sensibilité et un humour très différents. En 2008, il est arrivé chez Disney et il a fait Wreck-It Ralph. La combinaison de ces deux artistes a créé une nouvelle étape dans l’héritage Disney. C’est un super équilibre. Ce qui prouve que l’animation peut être pour tout le monde.

Cine-Files : En tant que producteur, vous devez certainement voir au-delà de la sortie du film. Que voyez-vous pour l’avenir de Zootopia ?

C. Spencer : Bonne remarque (rires). Mais lorsque nous travaillons sur un film, nous nous concentrons avant tout sur le présent. C’est primordial. On ne peut pas prévoir le succès d’un film. Si nous ne rencontrons pas le succès escompté, il n’y aura tout simplement pas de suite à notre univers. Je suis pourtant convaincu que Zootopia a encore beaucoup à offrir avec ses personnages, sa ville riche en couleurs,… Il y a encore beaucoup d’histoires à raconter. La véritable marque de succès est l’envie des spectateurs de voir un nouveau film. Nous avons développé énormément de choses qui n’ont pu être retenues pour le film. Il ne fait que 90 minutes et il existe tant de recoins de la ville que nous n’avons pas pu explorer.

Cine-Files : Pour ce film, vous avez dû développer de nouvelles techniques (dont le « Keep Alive » qui permet de garder les arrières plans en mouvement). Comment sont répartis les coûts de technologies qui seront finalement bénéfiques pour toutes les œuvres futures ?

C. Spencer : (rires) C’est comptabilisé sur le budget du film. Même si nous savons très bien que les prochains films pourront en bénéficier. Nous avons, par exemple, réutilisé l’expérience acquise par Frozen sur la conception de la neige. Nous l’avons bien entendu développée. La technologie change très rapidement. Nous développons une technologie durant toute la durée de production d’un film. Ensuite, la production suivante prendra le relais. Le Keep Alive sera certainement présent dans les futurs films.

Cine-Files : Quel fut le plus grand défi de ce film ?

C. Spencer : Je pense que c’était la fourrure. Nous voulions que la fourrure soit le plus réaliste possible. Notre équipe de développement a passé une année entière à analyser la fourrure des 64 espèces d’animaux présents dans le film. Ils ont étudié les poils de l’ours polaire pour s’apercevoir qu’ils ne sont pas blancs mais translucides ou que la queue du renard est plus foncée à la racine. Les cheveux des humains sont tous identiques. Peu importe si une personne a les cheveux crollés, lisses, blonds ou foncés, la texture est toujours la même. Ce qui n’est pas le cas chez les animaux. Une girafe a 9,2 millions de poils, c’est énorme. Ensuite, il faut prendre la lumière en considération. Les rayons du soleil ne se reflètent pas de la même façon sur l’ours que sur le mouton qui a des poils plus épais. Enfin, nous avons dû considérer que nous allions habiller ces personnages. Nous devions analyser comment les poils allaient réagir en-dessous de vêtements. Qui plus est, les animaux n’ont pas d’épaules. Même si on les faisait marcher sur deux pattes comme des humains, ils n’ont pas d’épaules. Nous ne voulions pas qu’ils ressemblent à des humains. Il fallait donc trouver des moyens pour les habiller. Cette décision de réalisme a rendu le film très compliqué.

Cine-Files : Comment avez-vous convaincu Michael Giacchino de composer la musique du film ?

C. Spencer : Michael Giacchino est un auteur extraordinaire parce qu’il doit se sentir connecté à un film afin de pouvoir travailler. Nous l’avons rencontré. Nous lui avons expliqué la trame de l’histoire et il est tombé amoureux de ce petit lapin qui doit trouver sa place dans le monde. Il a demandé à y réfléchir pendant une semaine et s’il trouvait l’inspiration nécessaire, il acceptait le projet. Il devait trouver sa connexion au sujet. Il est revenu avec plusieurs idées. Un mois plus tard, il nous a offert une composition de 8 minutes qui ne devait pas figurer dans le film mais qui représentait à ses yeux comment il ressentait le film. Je n’avais jamais entendu 8 minutes de musique aussi prenantes. Elles représentaient tout le parcours sentimental de Judy. C’était génial.

Cine-Files : Vous avez décidé en cours de production de changer la perspective du film et de raconter l’histoire du lapin plutôt que celle du renard. Était-ce un choix difficile ?

C. Spencer : Oui, c’était très difficile. Au départ, Byron avait décidé que le renard, Nick, serait le personnage principal. Une idée qui était très amusante puisque Nick était très sarcastique. Jason Bateman devait interpréter sa voix. On pensait que c’était la meilleure idée. Mais son côté cynique ne le rendait pas suffisamment attachant au début du film. Ce n’est que dans la deuxième partie du film que l’on comprend ses motivations et son caractère. Environ un an avant la fin de la production, nous avons réalisé qu’on n’arrivait pas s’attacher directement à Nick, contrairement à Judy. C’était un personnage que nous pouvions comprendre directement. Un petit animal perdu dans un univers des grands. Elle veut se rendre en ville et devenir un flic. Nous avons donc décidé d’échanger leurs places, ce qui était très compliqué car nous avions déjà un certain film en tête. Mais travailler chez Disney nous a permis de prendre cette décision. Nous avons écrit une première version du scénario dans ce sens en quelques semaines et nous avons directement senti que l’histoire fonctionnait mieux. Cela nous a permis d’inventer la scène des paresseux (qui n’était pas dans le scénario original), celle du Parrain avec Mr Big, celle du club naturiste. Cela nous a ouvert de nombreuses portes. Ce n’est évidemment pas la situation idéale pour un producteur mais d’un point de vue artistique, c’était la meilleure idée.

Cine-Files : La première bande d’annonce nous donne justement l’impression qu’il s’agit de l’histoire du renard.

C. Spencer : Effectivement. Cette bande d’annonce a été réalisée au moment où nous pensions que Nick était le personnage central.

Cine-Files : A quel moment savez-vous qu’une idée va devenir un film ?

C. Spencer : Lorsqu’un réalisateur a un projet en tête, il doit venir présenter trois idées à John Lasseter qui est à la tête de l’équipe créative. Quand Byron Howard a terminé Rapunzel, il s’est lancé dans l’idée de créer un monde exclusivement composé d’animaux qui marchaient à deux pattes et qui portaient des vêtements. John a adoré ce concept. Il a toujours voulu réaliser un film de ce genre, mais il n’avait pas d’histoire. Il a fallu attendre près d’un an avant d’avoir une idée concrète de ce que le film allait devenir. John est quelqu’un qui porte beaucoup d’importance à l’analyse. Il vous donne ainsi une année pour étudier votre projet. C’est durant cette étude que nous avons réalisé que 90 pourcent des animaux sont des proies et que 10 pourcent sont des prédateurs. Un concept qui a donné la base de notre histoire. Nous savions à ce moment que nous étions sur la bonne voie. John a un très bon sens de ce qui fonctionne ou pas.

Cine-Files : Le nombre de productions de films d’animation par an est colossal. Ne pensez-vous pas que cela enlève un peu à la magie d’aller au cinéma avec les enfants ?

C. Spencer : Je pense effectivement qu’une partie de la magie du cinéma est d’y aller à un rythme pas trop élevé. Mais tant que les histoires sont de bonne qualité, les gens auront tout le temps envie de retourner au cinéma. Ce n’est pas facile de garder une certaine qualité. Je ne pense donc pas que c’est un problème tant que la qualité des histoires ne baisse pas. Je ne regarde pas le nombre de sorties comme une compétition. Le public est capable aujourd’hui de réaliser que les films d’animation ne sont pas que pour les enfants mais pour tout le monde. Les meilleures histoires sont des films d’animation. Nous avons un luxe extraordinaire de pouvoir étaler notre production sur cinq ans. Je crois qu’il est très sain d’avoir autant de studios différents tant que nous irons dans la même direction : raconter de superbes histoires.

Cine-Files : Quel avenir voyez-vous pour l’animation et la réalité virtuelle ?

C. Spencer : Je pense que cela peut être extraordinaire. On doit voir comment va évoluer la technologie et comment le public va l’accepter. Il faut que le public veuille voir ce genre de films. Ce serait très intéressant de pouvoir se déplacer dans le monde de Nemo.

Cine-Files : Quelle est votre attraction préférée ?

C. Spencer : J’adore les montagnes russes. Je suis un grand fan de Tower of Terror. Mais, je reste depuis mon enfance un inconditionnel de Pirates of The Caribbean. Je devais avoir 11 ans lorsque je l’ai découvert pour la première fois. Elle me rappelle toute mon enfance. Je ne manque jamais d’y refaire un tour, que ce soir à Paris, à Tokyo, Orlando ou L.A. C’est magique.

  
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