Flashback









  

:: Ben Stassen ::
:: Fly MeTo The Moon ::

"La 3D peut être envisagée comme une évolution et une révolution."

Propos recueillis à Bruxelles par Laurent De Groof © (janvier 2008).


Cine-Files : On parle de Fly Me To The Moon comme du premier film réalisé intégralement en 3D. Qu’entendez-vous par là ?

Ben Stassen : Des films comme Chicken Little, Monster House et même Nightmare Before Christmas sont des films qui ont été tournés en 2D et transformés par la suite en 3D. Ce n’est pas le cas de Fly Me To The Moon. Il est très différent de ce que vous avez pu voir auparavant. Le principe est assez simple à expliquer : qu’est-ce que la 3D ? C’est dupliquer le fonctionnement du système visuel. Pour voir la réalité en 3D, notre cerveau utilise une série de paramètres. Le seul paramètre physique important est la stéréopsis. En d’autres termes cela veut dire qu’on voit la réalité sous deux angles différents parce que nos yeux sont séparés. Le cinéma 3D essaie de dupliquer ce paramètre de stéréopsis. Lorsqu’on fait un film convertible, on a une image 2D qui n’a été vue que par un seul angle et on essaie artificiellement de reproduire un deuxième angle. Mais la réussite n’est pas toujours présente... ce qui n’est pas le cas de notre film.

Cine-Files : Beowulf est pourtant une grande réussite...

B. Stassen : Beowulf est un cas particulier. Ce n’est pas juste un film 2D qui a été gonflé en 3D. Il a été tourné directement dans une optique 3D. Une version 2D a été filmée et ensuite retravaillée scène par scène par une équipe spécialisée. C’est très différent de faire un film conçu depuis la première image en 3D pour la 3D et que l’on peut uniquement projeter sur un écran 3D.

Cine-Files : On parle souvent de la 3D comme une révolution cinématographique...

B. Stassen : Je pense qu’on peut envisager la 3D comme une évolution et une révolution. Le cinéma a connu de nombreuses évolutions comme le passage du noir et blanc à la couleur qui a eu un impact sur la façon dont on voit un film mais n’a finalement eu que peu d’influence sur la manière de le faire. Le passage à la couleur n’a pas vraiment changé notre façon d’écrire des scénarios ou de monter des films. Le cinéma n’a finalement connu qu’une seule vraie révolution : c’est le passage du muet au parlant. Le cinéma sonore a tout changé. Il fallait écrire les scénarios différemment, le casting était différent. La bande son a créé un nouveau langage du cinéma. C’est identique pour la 3D. Faire de la 2D1/2, comme j’aime l’appeler, est comparable à introduire le son dans le cinéma muet mais en n’utilisant le son que pour les dialogues ou que pour la musique et pas pour tout en même temps. Le cinéma 2D est une expérience audiovisuelle à laquelle on réagit intellectuellement et émotionnellement. Pour la 3D, il y a encore une composante supplémentaire très importante qui est la composante physique. Ce qui est réellement unique. Un vrai film en 3D est un film qui peut créer une idée d’immersion physique.

Cine-Files : Quel est votre concept de la 3D ?

B. Stassen : L’écran est une fenêtre qu’on ouvre sur le monde. En 2D, cela reste très graphique. En 3D, on crée une certaine perspective et on fait apparaître des objets en relief. La vraie 3D comme nous avons essayé de faire va éliminer cet effet graphique et va le remplacer par un effet de profondeur. Au lieu d’amener une histoire au public par l’intermédiaire d’une fenêtre, on essaie de prendre le public et de l’attirer dans l’histoire. Maintenant l’immersion 3D n’est vraiment possible totalement que quand l’image remplit complètement le champ de vision. C’est la raison pour laquelle les meilleures places pour voir un film 3D sont à l’avant de la salle ou en IMAX. En finalité, on voit dans Beowulf qu’ils ont créé de très bons effets 3D ici et là mais c’est tout. Fondamentalement, Robert Zemeckis n’a rien fait de différent d’un autre film. Le tempo, le positionnement du spectateur par rapport à l’histoire reste identique. A mes yeux, la vraie 3D est un outil de participation. La vraie 3D est quelque chose de très intime, rien n’est surdimensionné. Nous nous trouvons tout près des personnages, on vit avec eux. Je pense que la scène qui illustre le mieux cela dans mon film est celle du Danube Bleu... Cette séquence serait inconcevable en 2D ! Il n’y a pas une seule coupe en trois minutes. Pourtant, elle fonctionne. En 2D, ce serait une scène un peu lente et ennuyante. Ici, la chorégraphie fait qu’il se passe toujours quelque chose : le personnage entre dans l’écran, tourne sur lui-même, il est rejoint par un autre personnage, etc.

Cine-Files : La 3D connaît aujourd’hui un intérêt grandissant. Comment expliquez-vous ce déclic ?

B. Stassen : Le cinéma 3D existe depuis le tout début mais c’est vraiment l’IMAX et les parcs d’attractions qui ont lancé cette « révolution » en construisant des temples du cinéma 3D de très haute qualité technique. Hollywood était déjà conscient de l’attrait de la 3D mais cela restait très marginal via les salles IMAX. Pourtant, il a été prouvé que la 3D attire le public. Il y a quelques moments clés qui nous ont amenés où nous en sommes aujourd’hui comme la sortie de SpyKids 3D en juin 2003. L’IMAX 3D est devenu alors plus commun. Il n’a plus été réservé aux musées, aux aquariums, etc. SpyKids 3 a fait 200 millions au box office malgré une qualité encore médiocre. Six mois après, Polar Express sort dans les salles et fait un chiffre extraordinaire de 45 millions de dollars dans 67 salles en 6 semaines. C’est inimaginable ! Et tout à coup, Hollywood se réveille. Les recettes sont en chute libre avec l’arrivée de la haute définition à la maison, il faut donc réagir. La révolution digitale est en cours, le digital rend la 3D possible... Donc le moment est arrivé. Lucas, Zemeckis et les autres en sont conscients et ils l’ont confirmé il y a trois ans à ShowWest en disant que le futur du cinéma est la 3D. C’est le déclencheur. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes lancés dans un long métrage.

Cine-Files : Vous vous êtes dès le début spécialisé dans un cinéma de nouvelles technologies comme le Ride ou l’IMAX. Pourquoi avoir fait ce choix au détriment d’un cinéma plus traditionnel ?

B. Stassen : C’est assez simple. Je suis très indépendant dans l’âme. (rires) J’ai fait mes études à l’USC, certainement la meilleure école de cinéma. Ensuite, j’ai donné des cours en tant qu’assistant pour Jay Roach (le réalisateur de Meet The Fockers) et Phil Joanou. J’ai été entouré de personnes qui sont devenues aujourd’hui des grands noms du cinéma. Mais moi, je suis resté réaliste. Je savais que j’étais belge et que j’allais avoir beaucoup plus difficile qu’eux à me faire un nom. Je suis resté aux Etats-Unis quelques années pour revenir ensuite en Belgique afin de relancer la société d’images de synthèse Little Big One. J’ai ainsi découvert l’attrait d’une station graphique, qui est un peu un petit studio hollywoodien sur un bureau. J’ai petit à petit construit mon propre studio, sans pour autant avoir dans l’idée de me battre sur le marché du long métrage, ce qui aurait été de la folie. J’ai ainsi fait des Rides, de l’IMAX, de la 3D-4D... Mon plus gros problème est de me vendre. (rires) J’ai du mal à me battre pour chaque projet. J’ai donc préféré construire ma propre société. Au fur et à mesure et avec l’aide d’associés, j’ai pu mettre mes films en chantier.

Cine-Files : Sur des films comme celui-ci, quel contact avez-vous avec les comédiens ?

B. Stassen : La relation avec les acteurs est énorme... On a une grande interaction avec eux parce qu’ils n’ont aucune référence sur le film. Il faut tout leur décrire, les guider... Au départ, je désirais uniquement acheter le scénario du film. Mais ensuite, je me suis associé avec Dominic Paris, sa femme Gina Gallo et Mimi Maynard. Gina est une grande monteuse pour les films de Disney et de Dreamworks. Mimi est une ancienne actrice qui fait aujourd’hui du casting. C’est eux qui m’ont convaincu de me lancer dans la réalisation du film et ils se sont occupés du casting. Mimi connaît très bien le milieu puisqu’elle fait le casting de Desperate Housewifes. C’est ainsi que nous avons eu le soutien de Nicollette Sheridan et de Robert Patrick qui est un ami proche de Nicollette. C’était extraordinaire !

Cine-Files : Parlez-nous de votre travail avec Christopher Lloyd.

B. Stassen : Il m’a beaucoup impressionné. Il avait tout d’abord commencé à jouer avec une voix de vieillard. C’était le grand-père mais je ne le voyais pas du tout ainsi. Ensuite, sans le vexer, je lui ai demandé d’utiliser sa voix normale et il est incroyable. C’est mon personnage préféré.

Cine-Files : Etait-ce une coïncidence de le faire jouer un personnage nommé McFly ?

B. Stassen : Oui, tout à fait. C’est une coïncidence totale. Les noms étaient déjà prédéterminés dans le scénario. Le personnage s’appelait McFly avant de choisir l’acteur. Au début, je voyais Sean Connery dans le rôle. Physiquement, il lui ressemble d’ailleurs fort. Mais il était impayable. (rires) Je suis finalement très content d’avoir eu Christopher Lloyd. Il est génial. J’ai été très impressionné par lui. Nicollette Sheridan, quant à elle, est arrivée avec une demi-heure de retard ! J’étais très embêté mais elle était préparée comme une vraie pro. En trois quart d’heures, elle avait mis en boîte tous ses dialogues. Une vraie professionnelle. Tim Curry était super... Il devrait d’ailleurs jouer dans notre prochain film. J’ai eu beaucoup de chance. Je dois ce casting à Mimi.

Cine-Files : Quel fut le vrai défi du film ?

B. Stassen : J’ai cru au départ que le défi serait davantage un problème de création d’animation. Je savais que notre 3D et nos décors seraient impeccables. J’ai été agréablement surpris par le résultat. Nous avons fait appel à de jeunes animateurs fraîchement sortis de l’école en France, etc. Nous avons travaillé de façon peu conventionnelle puisqu’un animateur s’occupait intégralement d’une scène. La scène du Danube, par exemple, est l’effort d’une personne. Ce qui est différent dans les autres studios. Ils ont parfois trois animateurs par personnage. Cette manière de faire est certainement plus risquée dans la cohérence du film mais je trouve qu’elle a bien payé. Mon plus grand défi, et ce que je pense qu’on a maîtrisé le mieux, fut les textures et les éclairages.

Cine-Files : La réalisation d’humains en images de synthèse est-elle toujours un si gros problème ?

B. Stassen : Au niveau des humains, on peut faire de très belles choses aujourd’hui. La technique de la motion capture de Beowulf en est un exemple. Nos humains sont peut-être moins bien réussis mais la raison est purement financière. C’est une question de budget. (rires) Il fallait faire des choix et j’ai dès le début toujours dit que nos humains de la station de contrôle pouvaient être plus basiques. C’est une autre affaire pour nos astronautes. Leurs gros plans sont très beaux, c’est un autre niveau. C’est la preuve que nous sommes capables de faire de belles choses. Mais il faut parfois faire des choix budgétaires... On aurait certainement eu besoin de quatre mois supplémentaires pour faire les finitions de chaque personnage. On a essayé d’utiliser le logiciel RenderMan de Pixar mais ce fut un cauchemar. On était les seuls à l’utiliser en Europe. Il coûte très cher et il n’est vraiment pas facile à utiliser.

Cine-Files : Comment voyez-vous l’avenir de la 3D ?

B. Stassen : Nous allons probablement connaître encore deux années de transition avec des films hybrides 2D composés d’éléments 3D. Exception faite d’une poignée de films comme Journey To The Center of The Earth de New Line qui a été fait intégralement en 3D. Ensuite, la 3D va certainement envahir nos foyers. Personne n’en parle pour l’instant mais la 3D à la maison arrive. Ce qui n’est pas sans affoler les multiplex, d’ailleurs. Samsung a développé pour le grand public un écran plat de 50 pouces (1m25) qui fait de la 3D incroyable, le tout pour 1500 dollars. Je l’ai vu fonctionner récemment à Los Angeles, c’est fantastique. La 3D à la maison est là ! Ils ont comme objectif de vendre 1 million d’unités aux Etats-Unis en 2008. C’est l’avenir de la 3D. La diffusion des longs métrages dans les salles n’est pas rentable. Le moteur de la 3D ne sera probablement pas des films comme Fly Me To The Moon mais certainement les jeux vidéo.

Cine-Files : C’est-à-dire ?

B. Stassen : Le digital rend la 3D possible. Les jeux vidéo sont assez faciles à transformer en 3D, en relief. Tout est généré en temps réel, il suffit d’avoir les puces adaptées. Je n’y connais rien en jeux vidéo mais j’en ai vu et cela fonctionne. Ce sera un succès garanti au niveau du public. La 3D pour les jeux vidéo n’est pas une question de création de 3D mais simplement d’adaptation d’interface. Ce sera aussi de la 2D gonflée en 3D mais nettement différente que celle du cinéma.

Cine-Files : Quels sont vos projets personnels ?

B. Stassen : Nous avons commencé la production d’un nouveau long métrage qui retrace la vie d’une tortue de mer de sa naissance à sa maturité. C’est une épopée de vie de 1959 à 2009. Le film commence par une naissance, puis présente le monde adulte avec ses amitiés, ses problèmes d’environnement, etc. C’est un sujet beaucoup plus mature.

  
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